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Green Blood : focus sur Five Points.

11/06/2013

Vous tremblez tous d’impatience depuis que Ki-oon a annoncé la sortie de Green Blood le 4 juillet prochain, un western noir qui nous plonge dans la moiteur du quartier de Five Points…
En attendant de pointer vos revolvers avec les frères Burns, nous vous proposons d’en apprendre plus sur l’époque la plus sombre de Manhattan : un petit avant-goût d’un monde de violence griffé avec génie par Masasumi Kakizaki !

 

Five Points, « le pire ghetto du monde »

Tout d’abord, qu’est-ce que Five Points ? Il s’agit de la sixième circonscription de New York, sur l’île de Manhattan. Son nom provient de l’intersection de trois rues importantes du quartier : Orange Street, Cross Street et Anthony Street (désormais respectivement Baxter Street, Park Street et Worth Street).

 



Five Points en 1851, carte de Chris Robinson.

 

 

Le quartier fut établi aux alentours de 1820 sur un marais mal asséché, ce qui créa de nombreuses zones insalubres. Les débuts de la révolution industrielle en Amérique n’ont pas aidé à la valorisation de l’endroit, les entreprises en développement se servant des marécages comme d’une décharge. Cette partie de la ville fut dès lors fuie par les personnes issues des classes moyennes et aisées et devint rapidement le lieu de « parcage » des populations les plus défavorisées, les anciens esclaves d’une part, les immigrants venus chercher fortune d’autre part. Five Points était ainsi une incarnation des plus tristement fameuses de la précarité, complètement opposée à l’idée du « rêve américain », alors dans tous les esprits...

 



Five Points, George Catlin, 1827.



Cependant, on aurait tort de considérer Five Points comme un simple bidonville. Si l’auteur nous dépeint avec une incisive justesse son côté obscur, il est bon de souligner que le quartier n’a pas seulement été un paradis de corruption et de meurtre. C’est aussi un lieu emblématique des fondements du melting pot. Le contact entre les populations afro-américaine et irlandaise, les deux majorités ethniques forcées de cohabiter dans Five Points, ne donna pas uniquement lieu à des échanges de balles ou de coups mais aussi à des échanges culturels. Ce métissage fut par la suite constitutif d’une certaine identité de l’Amérique du Nord, exprimée notamment en musique par le jazz et le rock’n’roll.



Conflits politiques et origine des gangs

Les conditions de vie ne furent pas les seules sources de conflit : les immigrants débarquèrent dans un contexte politique très défavorable. En effet, à la suite de la guerre de Sécession (1861-1865), les États d’Amérique sont en reconstruction économique et sociale. Le développement des industries et l’abolition de l’esclavage entraînent la recherche d’une main-d’œuvre peu qualifiée et bon marché. De fait, les immigrés, débarqués sans exigence et avec tous leurs espoirs, constituent une cible de premier choix pour les entrepreneurs peu scrupuleux. Cela ne fait qu’alimenter la rancœur des Américains « pure souche » de basse extraction, qui reportent tous leurs griefs sur ces étrangers qu’ils accusent de voler leurs emplois.

 



Bandit’s Roost, photographie de Jacob Riis, 1890.



Les gangs de Five Points sont issus de ces tensions et se constituent par ethnies (Irlandais, Afro-Américains, Anglais, Juifs, Italiens, etc.). Irrémédiablement en révolte contre la société, les bandes ne se contentent pas de s’affronter dans de violentes rixes, elles tuent, achètent et corrompent aussi bien les forces de l’ordre que les responsables politiques de la zone. Entre dangereuses rivalités, vices, conflits d’influences et affrontements, Five Points a sûrement été le premiergrand repère du crime organisé américain.



Vert sang ne saurait faiblir

Dans Green Blood, Masasumi Kakizaki a pris pour héros deux jeunes Irlandais, Luke et Brad Burns. Le titre, « sang vert », fait peut-être référence à ces origines. En effet, le vert est la couleur emblématique de l’Irlande, le pays aux verts pâturages, et de son symbole national, le trèfle à trois feuilles…
Un dernier point historique permet de comprendre la forte présence d’immigrés irlandais à Five Points. Au milieu du XIXe siècle, l’Irlande subit une catastrophe agro-alimentaire de grande ampleur : une pandémie appelée mildiou ravage tous les plants de pommes de terre, denrée alimentaire primordiale pour ce pays. D’une durée de deux ans, la Grande Famine qui en résulte tue de nombreuses familles... C’est notamment pour fuir cette situation dramatique que beaucoup d’Irlandais prirent le chemin de l’Amérique. Jusqu’au début du XXe siècle, les départs seront constants : ce sont des populations pauvres, démunies et sans bagage qui s’embarquent avec le rêve d’une nouvelle vie. Le fait qu’elles quittent un lieu de désolation les rend prêtes à tout pour s’en sortir, n’ayant pour ainsi dire plus rien à perdre.

Masasumi Kakizaki a trouvé un champ d’expression idéal dans ce monde de violence et de misère. Des œuvres comme Rainbow et Hideout ont montré l’excellence de son trait et sa capacité à rendre les nuances les plus ténébreuses de l’âme humaine, éclairées ici par les figures en miroir des deux frères. L’un est docker, déterminé et vertueux, révolté contre la « dictature des gangs », l’autre est tueur à gage, au service d’une de ces bandes…
 


 

Visuel de couverture de Green Blood tome 1,
Masasumi Kakizaki.

 
 
 
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